L’Europe à vélo

L’Europe à vélo

24 avril 2023 1 Par StephOnABike

Direction l’Islande

Avion ou bateau… Voilà les deux seules solutions pour rejoindre l’Islande !
Pour ma part, et dans la continuité de ma démarche « éco-mobile », le choix de la voie maritime s’impose. Il me faut donc rejoindre le nord du Danemark pour embarquer sur le MS-Norrøna, et tant qu’à faire, autant se rendre à Hirtshals à vélo.

C’est ainsi que prends naissance mon périple au travers de l’Europe à vélo.

24 avril 2023 – Jour 1

Perrignier / Payerne (106 km – D+ 1010 m)

Aujourd’hui marque le début d’une aventure attendue de longue date, deux années de préparation prennent vie aujourd’hui ! Je prends la route à vélo pour un voyage de 3 mois en solitaire qui me conduira jusqu’en Islande. Malgré cela, la nuit a été plutôt paisible et je me réveille serein.

Après 20 kilomètres parcourus en compagnie de ma Chérie, le moment tant redouté des adieux arrive ! Je n’avais pas, jusqu’alors, mesuré la difficulté que représenterait cet instant… Le sentiment de liberté est mêlé à celui de quitter un être cher, créant une ambiance empreinte d’émotions contradictoires. Si dans quelques kilomètres mon esprit sera connecté à la route, je n’ose imaginer la souffrance que cette séparation forcée va représenter pour Sandrine. Dans l’immédiat, la culpabilité m’assaillit et une pichenette pourrait me faire abandonner mon projet, mais c’est finalement l’enthousiasme et l’excitation qui prennent le dessus !

Quelques kilomètres plus loin, juste après Evian, ce sont mes parents qui guettent mon passage pour me souhaitez bon voyage.

La première partie de la journée me conduit jusqu’à Saint-Gingolphe, sur une route aussi dangereuse qu’inintéressante, puis Montreux ou, en compagnie de Freddy je jette un dernier regard sur le Lac Léman. A partir de maintenant, c’est le saut dans l’inconnu.

Picnic au pied du Grammont

Une mauvaise préparation d’itinéraire me joue un tour et me met face à une portion de route de 18 %. Une montée abrupte qui me contraint à pousser 70 kilos de matériel, me faisant prendre conscience que ce voyage ne va pas être une partie de plaisir.

Après 1 heure et demi de mise en jambe éprouvante, je retrouve les routes vallonnées des plateaux vaudois, me permettant d’avancer plus rapidement. Les paysages pittoresques défilent sous mes yeux, apportant une touche de réconfort après les difficultés initiales.

Alors que les kilomètres s’ajoutent, je m’approche progressivement de Payerne, marquant la fin de cette journée bien remplie. L’heure est venue de rechercher un endroit adéquat pour installer ma tente et passer la nuit. Cependant, les kilomètres continuent de défiler sans me présenter d’opportunité pour un bivouac. Finalement, aux alentours de 20 heures, je trouve un coin de forêt facilement accessible tout en étant suffisamment éloigné de la route.

Cette première journée de voyage a été incontestablement éprouvante, tant physiquement qu’émotionnellement. Les premiers pas dans cette aventure en solitaire m’ont déjà enseigné que chaque kilomètre parcouru sera une épreuve à affronter. Cependant, je suis persuadé que chaque défi surmonté me rapprochera davantage de la découverte de soi et de l’essence même de cette aventure.

Au-delà de la fatigue et des difficultés, je ressens une profonde gratitude envers ma chérie qui m’a accompagné dans les premiers instants de cette aventure. Son soutien et sa présence ont été des cadeaux précieux pour aborder ce voyage en douceur. Je me sens coupable de l’abandonner pour aussi longtemps, mais ce projet me tient tellement à coeur.

Dans les jours à venir, je m’attends à rencontrer d’autres défis sur ma route. Mais c’est justement cette incertitude qui rend cette aventure si captivante et enrichissante. Chaque tournant, chaque nouvelle rencontre, chaque défi, contribuera à tisser l’histoire de ce voyage hors du commun.


25 avril 2023 – 2ème jour

Payerne (CH) / Village-Neuf (F) (155 km – D+ 2249 m)

Cette deuxième journée de mon aventure à vélo vers l’Islande commence avec une météo incertaine. Après seulement quelques kilomètres, la pluie s’invite à la fête m’offrant un avant goût d’Islande, l’occasion de mettre à l’épreuve la veste Gore TRX2, fournie par Trangoworld. Mais cette météo n’entame pas mon enthousiasme pour autant, bien au contraire.

L’objectif du jour est de rejoindre Bâle, me permettant de traverser la Suisse en deux étapes comme prévu.

Tandis que je roule plein nord, les paysages pittoresques de la Suisse défilent sous mes yeux au fur et à mesure de ma progression, me conduisant à la cité médiévale de Murten (canton de Fribourg) ou je déniche un drapeau Suisse, le premier à venir rejoindre celui du Chablais sur ma remorque.

Vers midi, le soleil fait enfin son apparition, m’offrant un répit bienvenu et l’occasion de faire sécher mes vêtements et de me préparer à manger. Je savoure ces premiers instants de solitude, ne réalisant pas encore qu’il va en être ainsi pour les trois mois à venir.

La suite de mon périple me conduit à Soleure, ou je découvre un ancien bâtiment désaffecté reconvertit en espace culturel. Outre la présence d’un skatepark, ce lieu est ouvert à l’expression graphique avec des dizaines centaines de graffitis tous plus magnifiques les uns que les autres. L’endroit est une invitation à la rêverie, mais il me faut reprendre la route.

Celle-ci me conduit maintenant vers le principal défi du jour : le col d’Hauenstein (734m d’altitude). Avec en mémoire ma mésaventure d’hier, je m’attends à une ascension longue et douloureuse, aussi je suis satisfait de gravir ce col avec beaucoup de facilité avec une moyenne plus qu’acceptable, me permettant d’atteindre le sommet aux environs de 20 heures.

La descente sur Bâle sera (aurait dû être) l’occasion pour trouver un endroit propice pour le bivouac, malheureusement, celle-ci se révèle être un enchainement de villes et villages ne m’offrant guère d’opportunité pour planter ma tente et je me retrouve rapidement aux portes de la ville, que je ne peux que traverser de nuit afin de rejoindre l’Alsace.

Enfin, vers 23 heures, je découvre le Saint Graal le long d’une piste cyclable bordant une rivière à proximité de Village-neuf. Cette longue journée a été épuisante physiquement, mais la satisfaction d’avoir parcouru 155 km est énorme et me donne confiance pour le reste du voyage.

Le cœur rempli de contentement, je me prépare à passer la nuit, entouré des sons paisibles de la nature en repensant aux expériences de la journée. Ce fut une journée de contrastes – la matinée sous la pluie, la découverte de villages pittoresques, ascension gratifiante et la traversée nocturne enivrante de Bâle.

Ce voyage vers l’Islande ne se limite pas à la destination ; il s’agit d’embrasser l’imprévisibilité de chaque jour, de découvrir de nouveaux lieux et de repousser mes limites physiques et mentales. Alors que je m’endors, je suis empli d’excitation pour les aventures à venir. La route m’appelle, et je suis prêt à répondre à son appel, impatient de voir ce que le prochain jour de ce périple incroyable me réserve.


26 avril 2023 – Jour 3

Village-Neuf (F) / Erstein (F) (103 km – D+85 m)

La nuit fût courte… 5 heures du matin, j’entends passer les premiers vélotafeurs passer à côté de ma tente. J’ai monté la tente à l’arrache, sans vraiment savoir ou je suis exactement ! Aussi, pour éviter tout problème, je décide de m’extraire de ma tente et de la démonter sans tarder.

A cause de la proximité de la rivière et de la brume matinale ma tente est toute humide ce matin, je n’ai pas d’autre choix que de la plier mouiller, en espérant que la météo m’offre l’occasion de la faire sécher durant ma pause de midi. Pour l’instant, le ciel est bien bouché et ne semble pas décidé à laisser le soleil se montrer.

Après un petit-dej en compagnie des oiseaux… et il y en a vraiment beaucoup, certain n’étant pas du tout farouche, je reprends la route. En ce troisième jour de voyage, mon objectif est de rallier Strasbourg en suivant le canal du Rhône au Rhin, une étape qui ne devrait pas poser de problème, hormis la distance à couvrir, le dénivelé ne devrait pas jouer les troubles faites aujourd’hui.

Les premiers kilomètres me font traverser la Réserve naturelle de la Petite Camargue Alsacienne avant de me conduire aux portes de la forêt de la Hardt que je traverse en suivant une route forestière interdite aux voitures, m’offrant une vingtaine de kilomètres au calme avant de récupérer la route.

A Blodelsheim, je découvre avec bonheur un distributeur automatique d’oeufs frais ou pour 1€50 je m’offre une boite de 6. Je ne le sais pas encore, mais les oeufs vont être omniprésent dans mon alimentation pour les semaines à venir et durant l’aller et le retour en Europe ils seront systématiquement acheté en distributeur, favorisant le circuit de distribution court.

Il est justement midi passé quand j’atteins la ville fortifiée de Neuf-Brisach, les nuages ont enfin laissé la place au soleil. La pause de midi va être l’occasion de faire sécher ma tente et de goûter mes oeufs frais.

Ma pause finie, je récupère dès la sortie de Neuf-Brisach la piste cyclable du canal du Rhône au Rhin que je ne vais plus quitter de la journée. Une ligne droite interminable au fil de l’eau, ponctuée d’écluses. Les kilomètres s’enchainent sans grosse difficulté, le terrain étant plat, néanmoins les kilo que je traine en remorque me rappel qu’il va falloir gérer ce voyage avec lucidité ! Pour l’instant je suis encore frais et les jambes vont bien, mais dans quelques jours, il risque d’en être tout autrement.

La fin de la journée approche et avec elle Strasbourg qui n’est plus que à une vingtaine de kilomètres, aussi je me mets en quête d’un emplacement pour planter ma tente. Quelques minutes plus tard, je trouve, sans quitter la voie verte, un accès à un champ, me permettant de poser mon bivouac à l’abris du regard des promeneurs et des vélos. Au pire, ce sera un harde sanglier qui viendra dévaster mon campement !!!

Fin d’après-midi, je me suis arrêté dans un supermarché pour faire quelques courses, profitant du rayon boucherie pour me prendre un filet de poulet et de la crème fraiche. Sans parler de grande cuisine, ce soir, je me mets au « fourneau » pour me cuisiner mon pêché mignon… poulet au curry.

La journée a été longue, tout comme cette interminable ligne droite le long du canal du Rhône au Rhin – un avant goût de ce qui m’attend en Islande ou les lignes droites sont légions – et malgré l’absence de dénivelé, je n’ai pas avalé autant de kilomètres que je l’imaginais


27 avril 2023 – 4eme jour

Erstein (F) – Hagenbach (DE) (112 km – D+ négligeable)

Frayeur au réveil ce matin… à peine sortie de la tente je vois un 4×4 traverser les champs dans ma direction ! Il semblerait que mon bivouac ne soit pas du goût de tous, ça sent la cartouche !!!

Finalement non, c’est un chasseur qui surveille les affuts et la présence de gibier, nous discutons quelques minutes et me dit être surpris de me voir ici ce matin. Il a inspecté la zone à la caméra thermique hier soir et ne m’a pas vu… Bonne nouvelle si je suis invisible à la caméra thermique 😀

Alors et mon programme du jour ? Passer Strasbourg et surtout rejoindre l’Allemagne. Retour donc sur le canal du Rhône au Rhin direction Strasbourg que je décide de traverser pour aller faire un coucou aux collègues du Vieux. Si l’idée est bonne, la mise en pratique est horrible. Je me perds dans un dédale de rues ou confrontés à une horde de feux rouge je perds patience, en plus de beaucoup de temps et d’énergie. Relancer mon attelage à chaque feu tricolore est un calvaire, les 70 kg que je traine avec moi demande un effort inouï pour être mis en mouvement.

Définitivement, à la foule je préfère la solitude… voilà un fait acquis !

Un repas végé plus tard, je repends la route direction Lautergourg et la frontière Allemande. L’après-midi est déjà bien avancé et couvrir la distance restante pour quitter la France est un challenge.

Depuis une quinzaine d’années, je suis réfractaire à l’Alsace – syndrome post-traumatique certainement – aussi je redécouvre ce coin de France grâce à la mobilité douce. Haut et Bas-Rhin sont un bonheur pour le vélo grâce à un multitude de pistes cyclables et voies vertes. Sur ce coup, je ne regrette pas la Haute-Savoie et sa – quasi – absence d’infrastructure pour la mobilité douce.

Mon itinéraire me fait suivre le Rhin jusqu’à la frontière Allemande que je passe en début de soirée, les jambes vont bien, je roule encore quelques kilomètres pour dénicher mon petit coin de paradis pour la nuit – un coin de forêt, en retrait de la route, mais néanmoins facilement accessible.

Je suis un éternel incorrigible… hier soir, mon piezo présentait des signes de faiblesse. Toute la journée j’ai procrastiné, retardant de kilomètre en kilomètre le moment ou je me déciderais à aller acheter un briquet. Le bivouac est installé, mon piezo est définitivement hors service et je n’ai aucun moyen d’allumer mon réchaud !!!

Par chance, il me reste des oeufs durs et du fromage, heureusement que la journée n’a pas été éprouvant, le repas s’annonce frugale.